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Extrait

Extrait de l’introduction

Mac se conduit parfois comme un dingue. Cet âne miniature bat des cils ; d’un air flatteur, il penche vers vous ses longues oreilles velues, comme des antennes de télé, et pousse son ventre contre vos cuisses. Puis, alors que vous vous êtes habitué à sa petite présence trapue, à son odeur de sauge et de luzerne, le côté sombre et troublant de sa personnalité se dévoile. Il se raidit, rejette la tête en arrière, vous mord l’os du tibia et ne vous lâche plus. Ou bien il se cabre et vous écrase les orteils avec ses sabots, il rue et projette ses pattes arrière comme des ressorts en direction de vos rotules, ou carrément sur elles. Si ce n’était pas douloureux, ce serait comique. Après tout, Mac n’est pas plus grand qu’une chèvre. Mais parce qu’il est imprévisible, il a aussi quelque chose d’effrayant. Comme Mac passe brusquement de l’affection un peu collante à la violence agressive, transformation que rien de particulier ne semble déclencher, certains l’appellent désormais «l’âne schizo».
Je ne suis pas de ces gens-là. Mais je pense que Mac est perturbé. Cela dit, ce n’est pas de sa faute. Pas entièrement, en tout cas. Sa mère, stoïque âne miniature de Sardaigne, vivait dans le ranch où j’ai grandi. Elle est morte quelques jours après avoir donné naissance à Mac, qu’on m’a alors confié à élever. J’avais douze ans, et ce tout petit âne me semblait être une peluche vivante. J’ai passé des heures à le nourrir au biberon et à jouer avec lui, jusqu’au moment où, à douze ans, mon attention fut accaparée par les romans de Lucy Maud Montgomery et par mon petit amoureux, un garçon bronzé qui faisait du skateboard derrière le McDo. Mac fut sevré trop vite, exilé dans un enclos sans mère pour lui apprendre les bases ; c’était une petite créature sans assurance entourée d’adultes indifférents. Un autre s’en serait peut-être très bien sorti, mais Mac n’était pas n’importe quel âne. Il finit par tourner ses attaques contre lui-même, s’arrachant les poils par touffes entières lorsqu’il était contrarié, avec des explosions de violence contre les humains et les autres animaux, explosions qui l’empêchaient de recevoir l’affection à laquelle il semblait aspirer par ailleurs. Aujourd’hui, plus de vingt ans après, je sais que l’expérience de Mac n’a rien d’unique, pas plus que le comportement troublant qui en résultait.
Les humains ne sont pas les seuls animaux à traverser des tempêtes émotionnelles qui rendent la vie plus difficile, parfois même impossible. Comme Charles Darwin, qui en vint à le comprendre il y a plus d’un siècle, je pense que les animaux non humains peuvent souffrir de maladies mentales tout à fait semblables aux troubles humains. J’en ai été convaincue par l’expérience de nombreuses créatures que j’ai rencontrées : Mac, une série d’éléphants d’Asie, mais le cas le plus frappant fut celui d’un bouvier bernois nommé Oliver, que mon mari et moi avions adopté. La peur extrême, l’anxiété et les compulsions d’Oliver ont ébranlé mes certitudes et m’ont poussée à chercher à savoir si d’autres animaux pouvaient souffrir de maladies mentales. Ce livre est le récit de ce que j’ai découvert : c’est l’histoire de ma lutte pour aider Oliver, du voyage que j’ai entrepris pour comprendre ce que la démence chez les autres animaux peut nous apprendre sur nous-mêmes.
Dans la médecine vétérinaire, la psychologie, l’éthologie (la science du comportement animal), la neuroscience et l’écologie, il n’existe aucune branche consacrée à déterminer si les animaux peuvent être atteints de maladie mentale. Pour ce livre, j’ai rassemblé des informations venant de la médecine vétérinaire et des études pharmaceutiques et psychologiques ; des témoignages de gardiens de zoo, dresseurs, psychiatres, neuroscientifiques et propriétaires d’animaux familiers ; des observations formulées par des naturalistes du XIXe siècle, des spécialistes de l’environnement et des biologistes d’aujourd’hui ; et de beaucoup de gens comme vous et moi qui ont simplement quelque chose à dire sur le comportement étrange des animaux qu’ils connaissent. Tous ces éléments réunis suggèrent que les humains et les autres animaux se ressemblent bien davantage que nous n’aimons à le penser, en ce qui concerne les états mentaux et les comportements perturbés : la peur panique, par exemple, dans des situations sans danger, l’incapacité à se départir d’une tristesse paralysante, la compulsion qui nous pousse à nous laver constamment les mains ou les pattes. Ce genre de conduite anormale bascule dans le domaine de la maladie mentale quand il empêche les humains ou les autres animaux de faire ce qui est normal pour eux. C’est vrai d’un chien qui se lèche la queue jusqu’à ce qu’elle perde tous ses poils et se mette à suinter, d’une otarie qui nage constamment en rond, d’un gorille trop triste et renfermé pour jouer avec les membres de son groupe, ou d’un humain si terrifié par les escalators qu’il évite les grands magasins.
 

Présentation de l’éditeur

Un chien terrorisé qui se lèche frénétiquement les pattes, un perroquet compulsif qui s’arrache les plumes, des éléphants de zoos atteints du mal du pays et des gorilles de laboratoire sous antidépresseurs : tels sont les personnages extraordinaires qui peuplent l’enquête de Laurel Braitman.

Dresseurs de zoos, de cirques ou de studios de cinéma, psychiatres en centres de réhabilitation pour les chiens de l’armée américaine, simples vétérinaires ou propriétaires anonymes d’animaux domestiques témoignent de l’incroyable richesse de la psyché animale.
Ce document exceptionnel, salué par le psychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, bouleverse notre vision du monde : la folie animale semble soudain très humaine.

Laurel Braitman est docteure en histoire et anthropologie des sciences au MIT et membre de TED. Outre ses activités de recherche, elle est affiliée au Headlands center for the arts, centre d’art californien d’avant garde, international et pluridisciplinaire, où elle organise des concerts pour des gorilles, des bisons, des éléphants de mer, etc. Chienne de vie, adaptation de sa thèse, est son premier livre, il paraît en juin 2014 chez Simon and Schuster.

Editeur : Editions Autrement (15 octobre 2014

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par Remy

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